Manolo Prieto, l’auteur méconnu du toro noir des nationales espagnoles

 

Manuel Prieto Benitez (1912–1991) est l’auteur de l’effigie la plus connue de l’Espagne, le toro Osborne. Cette silhouette (aujourd’hui) noire domine encore les bords de quelques nationales. Mais surtout, déclinée en des milliers d’objets, collée à l’arrière des voitures d’irréductibles hispanophiles, reprise par le cinéma, par les artistes, le toro, à l’égal des Ménines ou de la danseuse de flamenco, est le symbole populaire de tout un pays. L’auteur, peintre, dessinateur, graveur de médailles, a marqué la publicité espagnole à partir des années 50, alors que le pays connaissait ses premières années de consommation de masse. Comme avant lui Cassandre en France, il possède un génie de la simplification. C’est l’inventeur espagnol du graphisme moderne : un trait simple, des aplats de couleur, des caractères imposants. Aller à l’essentiel comme Goya à la gravure . Ajoutez à cela un humour ravageur et une incongruité qui rendaient ses affiches et ses publicités inoubliables.

Le premier toro Osborne a été installé en 1957,  il y a plus de soixante ans, à Cabanilles de la Sierra entre Madrid et Burgos. Une durée exceptionnelle pour une publicité routière, même si maintenant, en raison des lois régissant la publicité des alcools, ces panneaux se dressent  muets et sans marque. Le dessin date de 1956, la commande avait été faite en 1954 à l’agence de publicité Azor à laquelle collaborait Prieto.
Anecdote : l’artiste avait une technique bien à lui pour vérifier l’impact visuel de ses affiches : il en réalisait minutieusement à la gouache des versions miniatures de quelques centimètres.
Le toro est devenu immortel. Mais il a occulté le reste de l’œuvre de l’artiste. Manolo Prieto est aussi un illustrateur prolixe et un exceptionnel graveur de médailles dont les innovations indépassées restent encore à découvrir.
F.G.

Penitencias

« … une longue théorie de nazarenos en cagoules et tuniques noires, blanches, mauves, bleues, mains gantées ou mains nues, ceintures de sparterie, de cuir, selon les confréries. Puis une longue théorie d’autres nazarenos, un cierge à la main, incliné vers le sol, l’autre main plaquée contre l’antifaz à la hauteur de la bouche; certains d’entre eux vont pieds nus… Mais les innombrables Vierges, les Douloureuses, la gémissante théorie de ces Angoisses, de ces Amertumes, de ces Solitudes, de ces Espérances, de ces Larmes, de ces Refuges… lorsque le paso s’éloigne, alors, c’est la fabuleuse apparition du manteau de cour, inimaginable ruissellement de velours brodé… »
(Espagnes, Louis Emié, 1935, judicieusement réédité par Le Festin, Bordeaux, en 2014).

Images de la Semaine sainte à Cartagena, région de Murcia et à Elche, Communauté valencienne.

 

 

 

 

 

 

 

A Murcia, l’incroyable crèche napolitaine du musée Salzillo

Au XXe siècle, les deux frères Emilio et Carmelo García de Castro découvrirent, en visitant Naples, tout un artisanat des personnages de la crèche . Ce sont des sujets habillés de tissu ; seuls la tête, les mains et le bas des jambes sont en terre cuite, ou quelquefois  sculptés dans le bois. Les deux frères  se consacrèrent à la recherche de pièces du XVIIIe siècle. L’un de leurs belenes, acquis par la Fundación Católica San Antonio, est déposé au Musée Salzillo de Murcia. Il se compose de plus de six cents pièces réalisées entre 1725 et 1790, mises en scène dans un immense diorama.

 


Trois cents sont des figures humaines ou animales, accompagnées de tous les détails du scénario urbain d’une rue de Naples : étals de nourriture, boutiques d’artisans, taverne de marché, mendiants ou cortège d’un personnage de cour. Certaines pièces proviennent de la collection de Carlos III, d’autres, comme un saisissant aveugle en haillons, sont de véritables chefs d’œuvre d’expression et de finesse. De la fange urbaine aux anges exaltés, la magnificence du baroque. Lire la suite