Borgia et Fils. Papes et saints. Le palais ducal de Gandia

Forteresse du XVe siècle, palais urbain des Borgia et plus tard résidence mondaine des ducs de Osuna, ce palais a été plusieurs fois remanié et redécoré. Il allie la grandeur militaire médiévale au luxe provincial méditerranéen. Racheté par l’ordre des Jésuites, qui sont à leur tour intervenus dans son ornement, c’est aujourd’hui un musée et un collège privé.
Il faut comprendre le palais ducal de Gandia comme la volonté de démontrer d’une manière éclatante la puissance de la Maison de Borgia dans l’Espagne du XVe siècle. 

Avant de devenir le pape Alexandre VI, le cardinal romain Rodrigo Borgia acquiert le duché de Gandia pour Pier Luigi son fils aîné. C’est une ancienne seigneurie royale de la Couronne d’Aragon. Il souhaite établir sa descendance durablement et au plus haut niveau, dans sa nation d’origine, le royaume d’Aragon. Pour le situer, Pier Luigi (Pedro Luis de Borja)  »Camerlingue des Rois catholiques » était le demi-frère de César et de Lucrèce.
Curieusement, cette forteresse de puissance et d’orgueil abritera au 
XVIe siècle la sainteté de l’un des descendants, saint François de Borgia. Ce grand seigneur de la Cour de Charles Quint, vice-roi de Catalogne et 4e duc de Gandia, va renoncer au tumulte du monde pour se dédier à la vie monastique sous l’habit franciscain. Contemporain et proche d’Ignace de Loyola dont il diffuse les Exercices spirituels, il est l’un des fondateurs des Jésuites.
Il sera Supérieur général de cet Ordre.

 

 

 

 

Manolo Prieto, l’auteur méconnu du toro noir des nationales espagnoles

 

Manuel Prieto Benitez (1912–1991) est l’auteur de l’effigie la plus connue de l’Espagne, le toro Osborne. Cette silhouette (aujourd’hui) noire domine encore les bords de quelques nationales. Mais surtout, déclinée en des milliers d’objets, collée à l’arrière des voitures d’irréductibles hispanophiles, reprise par le cinéma, par les artistes, le toro, à l’égal des Ménines ou de la danseuse de flamenco, est le symbole populaire de tout un pays. L’auteur, peintre, dessinateur, graveur de médailles, a marqué la publicité espagnole à partir des années 50, alors que le pays connaissait ses premières années de consommation de masse. Comme avant lui Cassandre en France, il possède un génie de la simplification. C’est l’inventeur espagnol du graphisme moderne : un trait simple, des aplats de couleur, des caractères imposants. Aller à l’essentiel comme Goya à la gravure . Ajoutez à cela un humour ravageur et une incongruité qui rendaient ses affiches et ses publicités inoubliables.

Le premier toro Osborne a été installé en 1957,  il y a plus de soixante ans, à Cabanilles de la Sierra entre Madrid et Burgos. Une durée exceptionnelle pour une publicité routière, même si maintenant, en raison des lois régissant la publicité des alcools, ces panneaux se dressent  muets et sans marque. Le dessin date de 1956, la commande avait été faite en 1954 à l’agence de publicité Azor à laquelle collaborait Prieto.
Anecdote : l’artiste avait une technique bien à lui pour vérifier l’impact visuel de ses affiches : il en réalisait minutieusement à la gouache des versions miniatures de quelques centimètres.
Le toro est devenu immortel. Mais il a occulté le reste de l’œuvre de l’artiste. Manolo Prieto est aussi un illustrateur prolixe et un exceptionnel graveur de médailles dont les innovations indépassées restent encore à découvrir.
F.G.

Entre Alicante et Carthagène, les modestes inventions d’un monde balnéaire

C’étaient des stations d’été familiales et sans tapage, construites pour les maraîchers, pas tous prospères, de Murcia ou d’Orihuela : Torre de La Horadada avec sa tour noble et son petit port, El Mojon cerné par sa saline ou  Santiago de La Ribera au bord de la Mar menor, petite mer trop calme, presque une lagune. Elles ont résisté à l’industrie touristique, aux immeubles, aux avenues et rond-points répétés à l’infini qui envahissent  les plaines du Levant.

Chacune de ces stations a son caractère : Santiago de la Ribera aux prétentions bourgeoises des murciens fin-de-siècle, Torre de la Horadada enfin émancipée d’Orihuela, son chef lieu trop éloigné, El Mojon et ses petites maisons des années 50-60. On se trouvait là aux confins oubliés de deux régions, sur l’ancienne frontière des royaumes de Castille et d’Aragon. A l’écart des effets de manche du tourisme industriel, chacun a accommodé sa résidence d’été selon ses moyens et sa compréhension de l’époque.

Cerca del agua te quiero llevar
Porque tu arrullo trascienda del mar…
Cerca del agua perdida del mar
Que no se puede perder ni encontrar.

 

 

Castille, monde aérien et irréel

Je dois à mon ami Miguel Angel Zangroniz la découverte d’un recueil de textes de José Ortega y Gasset, El Espectador (1921). Le Spectateur aurait aussi bien du être le titre de ce blog, mais je confesse mon excusable ignorance lorsque j’ai ouvert ces pages. Ortega y Gasset y répond tranquillement à une énigme que l’Espagne présenterait régulièrement au visiteur étranger : cette propension, qui souvent nous intrigue, à pousser à l’excès l’austérité, le drame, ou la pénitence; ou à l’opposé, à pousser à ses limites le décor, le baroque, le bonheur des sens et de la fête.

Sans employer le terme trop pompeux de métaphysique, (El Espectador est un recueil de courts articles) Ortega y Gasset suggère l’influence sur leurs habitants de deux paysages opposés, celui de la désespérante meseta de Castille et celui des gras vallons des Asturies. L’ouvrage ne manque pas de références aux Campos de Castilla d’Antonio Machado, dont un texte reprend le titre.

Ainsi, la Castille, dont les villes se fondent au loin dans le paysage et ne laissent percer que les tours des églises ou les silhouettes crénelées des forteresses, serait propice au rêve, à la méditation (Charles Quint renonçant à la conduite de son empire à Yuste, Philippe II attendant la mort à l’Escorial ?) propice aussi à la sublimation du réel (Don Quichotte) au pathos du Sud (el pathos del Sur) et à toutes les fantaisies de l’esprit : « La Castille est un monde pour la pupille, un monde aérien et irréel qui, à l’instar des cités simulées par les nuages du crépuscule, semble destinée à disparaître à chaque instant. »

 

 

 

« Castilla es un mundo para la pupila, un mundo aéreo y irréal que, como las ciudades fingidas por las nubes crepusculares, parece en cada instante expuesto a desaparecer »…

Un autre texte, La Pedagogia del Paisaje (Obras Completas, 1966, Madrid, Ed. Castilla, p.58, T.1) cite un ami, Rubín de Cendoya, « místico español, un hombre oscuro, un hombre ferviente« , qui s’enthousiasmait pendant une nuit d’été, jusqu’à échafauder une douteuse théorie :
«Como a Séneca había enseñado su casa de campo el arte exquisito de la vejez, me ha iniciado a mí este paisaje en una religión. Cada paisaje me enseña algo nuevo y me induce en una nueva virtud. En verdad te digo que el paisaje educa mejor que el más hábil pedagogo, y si tengo algún solaz te prometo componer frente a la admirable
« Pedagogía social » del profesor Natorp otra más modesta, pero más jugosa: « Pedagogía del paisaje ».
Pourtant, jusque dans la verte Galice, bien loin de la Castille, la procession dans leur cercueil des « vivants’ qui ont frôlé la mort durant l’année vient contredire toute généralisation exaltée. Ou encore à As Navas, près de Pontevedra, les dévôts à Santa Marta de Ribarteme, dans leur cercueil ouvert porté à l’épaule par leurs parents et amis, manifestent publiquement par cette mortification leur victoire sur la mort.

Mais si vous parcourez bientôt les nationales désertes de Castille ou de la Mancha, prenez ce article pour un encouragement officiel à la rêverie : vous êtes dans le vrai.
Tú, que vas a recorrer pronto las desiertas carreteras nacionales de la Castilla o de la Mancha, tomate este por un estímulo oficial al ensueño: tendras razón.
Desespérante Castille. Inspirante Castille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Penitencias

« … une longue théorie de nazarenos en cagoules et tuniques noires, blanches, mauves, bleues, mains gantées ou mains nues, ceintures de sparterie, de cuir, selon les confréries. Puis une longue théorie d’autres nazarenos, un cierge à la main, incliné vers le sol, l’autre main plaquée contre l’antifaz à la hauteur de la bouche; certains d’entre eux vont pieds nus… Mais les innombrables Vierges, les Douloureuses, la gémissante théorie de ces Angoisses, de ces Amertumes, de ces Solitudes, de ces Espérances, de ces Larmes, de ces Refuges… lorsque le paso s’éloigne, alors, c’est la fabuleuse apparition du manteau de cour, inimaginable ruissellement de velours brodé… »
(Espagnes, Louis Emié, 1935, judicieusement réédité par Le Festin, Bordeaux, en 2014).

Images de la Semaine sainte à Cartagena, région de Murcia et à Elche, Communauté valencienne.